J’étais tranquillement en train d’écrire les pages du document qui suit, et accessoirement traduire et démystifier la documentation technique consacrée à la remise en état de la boîte de vitesses de ma Triumph TR3A de 1959. Lorsqu’une question, perfide mais légitime, s’est glissée entre deux tableaux et trois éclatés de pignons : mais enfin, comment tout cela fonctionne-t-il réellement ?

Comment quelques engrenages taillés dans l’acier de récupération des stocks d’après-guerre parviennent-ils à transformer la petite centaine de chevaux du moteur Standard en mouvement, en bruit et en odeur d’huile chaude et d’essence ?

Car une voiture ancienne, contrairement à une moderne, ne se contente pas de fonctionner, elle négocie avec son conducteur, elle grogne, elle proteste, elle tolère. Et la Triumph TR3 est sans doute l’une des meilleures professeures de mécanique appliquée jamais produites par l’industrie anglaise juste après la bouilloire électrique et le Spitfire.

La TR3 est équipée d’une boîte manuelle à quatre rapports. Dit comme cela, rien de spectaculaire. Pourtant, cette boîte possède une personnalité bien à elle, elle est rapide, verrouille franchement et se montre d’une solidité remarquable, elle n’a jamais réellement évolué pendant toute la production à par les synchros peut être.

Comme vu précédemment, la première vitesse, sur les modèles d’origine, n’est pas synchronisée. Ce détail mérite d’être médité quelques secondes. À une époque où l’on apprenait encore à conduire avec finesse et doigté, cela signifiait qu’il fallait pratiquer le double débrayage avec élégance, sous peine d’entendre ce bruit métallique si caractéristique, le célèbre “CRAAAC” qui donne immédiatement l’impression de broyer des boulons dans un moulin à café. Les deuxième, troisième et quatrième rapport, eux, bénéficient de synchroniseurs, la civilisation progresse.

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